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Le parloir, Eric Sanvoisin

28 Octobre 2012 , Rédigé par Marie Publié dans #Romans ado

9782324001598

Le parloir, Eric Sanvoisin

Gründ, mars 2012

 

 

"Yan vient d'avoir dix-huit ans.

Il est incarcéré depuis une semaine.

Et depuis une semaine, il n'a pas prononcé un mot.

Il attend. Il attend que le temps passe.

Mais le temps ne passe pas."

 

Le parloir fait partie de ces romans qui marquent et dont on se souvient longtemps. L'histoire de Yan est dure mais il s'en dégage également beaucoup de pudeur et de retenue.

A tout juste 18 ans, Yan est incarcéré dans une maison d'arrêt en préventive. Il est accusé de meurtre et doit préparer sa défense sauf qu'il ne parle plus. Au départ, on ne sait pas si c'est volontaire ou si c'est un traumatisme, on ne sait pas non plus s'il est coupable ou innocent et finalement peu importe, tout ce qu'on perçoit c'est sa souffrance, sa solitude, son renoncement.

On découvre sa vie d'avant à travers les visites au parloir, celles de sa mère, de sa soeur, de son avocat et de son ex... Et peu à peu, les évènements s'emboîtent et prennent sens. Son mutisme l'accable mais libère aussi la parole dans son entourage, certains déversent leur colère ou leur tristesse, d'autres se confient et on comprend à quel point la vie peut basculer...

Le quotidien de Yan en prison ne nous est pas épargné. Mais il me semble qu'il est abordé avec justesse et sans caricature. Au fil du temps qu'il passe en prison et des coups qu'il encaisse au sens propre comme au figuré, on perçoit les ravages de la détention sur Yan qui s'enfonce de plus en plus vers la désocialisation car même s'il déteste la prison, c'est aussi l'endroit qui lui permet de ne pas affronter la réalité du monde extérieur.


Au-delà de la force de l'histoire, ce texte m'a surtout marqué parce que dans le cadre de mon travail, j'interviens à la bibliothèque d'une maison d'arrêt et il se trouve que je venais de finir de lire ce roman quelques jours avant ma première entrée en détention (c'est le terme à employer) pour visiter la bibliothèque, apporter quelques demandes de livres aux détenus et rencontrer les auxiliaires-détenus.

Je n'ai pas d'anecdotes à raconter, juste des sentiments et des émotions qui submergent quand on entre dans ce type de lieu : le nombre incalculable de portes à passer, les barreaux, la chapelle, tenir la porte à un détenu qui ne peut pas la franchir, se retrouver face à face avec un jeune baraqué au visage juvénile encadré de 6 surveillants, voir des lecteurs lire le journal dans la bibliothèque et oublier un instant que ce sont des détenus...

Loin de moi l'idée de porter un quelconque jugement sur l'utilité ou pas de la privation de liberté. Disons juste que la lecture de ce texte, le récent débat suite au téléfilm "Médecin-chef à la prison de la Santé" (malgré certaines scènes assez enjolivées) et ma "visite" à la maison d'arrêt m'ont permis de réfléchir sur un monde qu'on a rarement l'occasion ou l'envie de voir.

Merci à Eric Sanvoisin pour cela.

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Jul 07/11/2012 14:35


tu pourras peut-être nous faire un top 10 des suggestions d'achats des détenus ?


comment s'évader ou viser le vice de forme en 10 leçons ?!

Marie 08/11/2012 15:01



Je peux d'ores et déjà te dire que les biographies de caïds ont la cote !


mais je retiens ton idée de top 10 des demandes de détenus !



Theoma 07/11/2012 10:18


comme personne ne l'emprunte à la bibli, je l'ai pris à la maison pour pouvoir en faire, dans le meilleur des cas, sa promotion. Il attend son tour...

Marie 08/11/2012 15:02



Effectivement, je pense qu'il va avoir besoin d'un peu d'aide pour être emprunté...



saxaoul 04/11/2012 22:01


J'imagine que ça doit être une expérience intéressante à tous points de vue même si ce n'est pas évident et que ça demande beaucoup de réflexion personnelle.

Fantasia 03/11/2012 18:33


J'ai dans mon équipe une collègue qui va aussi en maison d'arrêt une fois par mois, c'est beaucoup de travail et de patience... et pas mal d'anecdotes (anonymes, elle est sérieuse ma collègue !)
aussi...

Marie 03/11/2012 22:29



J'imagine bien que les anecdotes ne doivent pas manquer !


Pour le moment, je débute et je découvre surtout, mais c'est un travail qui me tient à coeur.