Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi
Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi
Albin Michel, août 2012
Suzanne rencontre Serge par hasard, elle vient chez lui à la demande de sa jeune et belle femme pour accorder le piano de la maison car elle est accordeuse. Ils ne se croisent que quelques secondes à peine. Serge ne la remarque pas. Suzanne non plus.
Puis un soir dans un bar, il la voit enfin. Elle danse sur un air d'Otis Redding et semble ne se soucier de personne. Il pense qu'elle n'est plus toute jeune, qu'elle a les hanches épaisses, que l'ovale de son visage se relâche...Mais il voit aussi sa force, sa lumière, elle rayonne.
Aux côtés de Serge, il y a Lucie, la femme qu'il aime, celle avec qui il a eu deux enfants. Elle est superbe et a trente ans de moins que lui. Pourtant, le lendemain il lui ment et se rend chez Suzanne poussé par des émotions qu'il ne s'explique pas.
Nous étions faits pour être heureux est l'histoire d'une rencontre incongrue, une de ces rencontres qui bouleverse l'existence et révèle les fêlures de chacun. Nous sommes bien loin d'une simple histoire d'adultère. Serge a choisi Suzanne pour affronter ses peurs d'enfant et oser briser le masque de la jolie vie qu'il s'était créé pour supporter la vérité.
Quant à Suzanne, c'est la liberté qu'elle trouvera, la liberté d'envoyer valser une vie qui ne lui convient plus :
"Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui. Que je ne pouvais plus respirer le même air qu'autrefois, me contenter d'une vie simplement correcte, acceptable et concrète jusqu'à l'étouffement."
J'ai aimé l'histoire de Serge et Suzanne mais je regrette de ne pas avoir eu davantage accès au regard de Suzanne, à son ressenti. Quelles sont ses blessures, quelle est son histoire à elle ?
Et puis, un bémol : les deux dernières pages de ce livre n'ont, pour moi, pas lieu d'être. Ces réflexions sur l'enfance et ses douleurs sont déjà inscrites en filigrane dans le roman. Elles n'avaient pas besoin d'être explicitées. J'aurais préféré que le récit s'achève sur les pensées de Suzanne.
Une dernière citation pour conclure :
"La solitude est à vous, elle vous tient, et on ne sait jamais si c'est une délivrance ou une malédiction. Va-t-elle vous donner des ailes ou vous réduire à une existence de petits pas? J'étais entre deux mondes. Si libre."
